Recommandations concernant la terminologie et l’identification de la douleur neuropathique chez les personnes souffrant de douleurs irradiantes dans la jambe liées à la colonne vertébrale. Résultats du groupe de travail NeuPSIG (IASP)

Article paru il y a quelques semaines dans la revue de l’IASP (International Association for the Study of Pain) « PAIN » où l’on retrouve le nom d’Annina SCHMID parmi les auteurs.

Cette publication est à mes yeux importante pour 2 raisons essentielles concernant les thérapeutes manuelles :

1- Elle évoque le problème sémantique quant aux définitions des termes que nous, praticiens, mais aussi patients, utilisons au quotidien.

2- Elle évoque les douleurs irradiantes du membre inférieur, dont la prévalence, dont je n’ai pas le chiffre, me parait conséquent lors de nos consultations.

Ci-dessous la traduction du résumé de l’article publié :

La douleur irradiant de la colonne vertébrale vers la jambe est communément appelée « sciatique ». La « sciatique » peut inclure diverses affections telles que la douleur radiculaire ou la radiculopathie. Elle peut être avoir des conséquences importantes pour la personne qui en souffre en imposant une qualité de vie réduite et des coûts directs et indirects substantiels. Les principaux défis associés au diagnostic de « sciatique » sont notamment liés à l’utilisation inappropriée de la terminologie pour les étiquetages diagnostiques et au diagnostic de la douleur neuropathique. Ces difficultés entravent la compréhension clinique et scientifique collective de ces affections. Dans cette prise de position, nous décrivons les résultats d’un groupe de travail mandaté par le Neuropathic Pain Special Interest Group (NeuPSIG) de l’Association internationale pour l’étude de la douleur (IASP), dont les objectifs étaient les suivants : (1) réviser l’utilisation de la terminologie pour la classification des douleurs de jambe liées à la colonne vertébrale et (2) proposer une voie à suivre pour l’identification de la douleur neuropathique dans le contexte des douleurs de jambe liées à la colonne vertébrale. Le groupe a recommandé de déconseiller l’utilisation du terme « sciatique » dans la pratique clinique et la recherche sans autre indication de ce qu’il implique. Le terme « douleur irradiante de jambe liée à la colonne vertébrale » est proposé comme terme générique pour inclure les définitions de cas de douleur référée somatique et de douleur radiculaire avec et sans radiculopathie. Le groupe d’experts a proposé une adaptation du système de classification de la douleur neuropathique dans le contexte de la douleur de jambe liée à la colonne vertébrale afin de faciliter l’identification de la douleur neuropathique et la mise en place d’une prise en charge spécifique au sein de cette population de patients.

Je vous joins la traduction complète de l’article : bonne lecture.

The Deep Gluteal Syndrome : le « syndrome glutéal profond » est-il notre « syndrome du piriforme » ?

La littérature internationale est encore imprécise concernant ce syndrome. La Littérature médicale française ne semble pas l’évoquer beaucoup plus et beaucoup d’erreurs découlent de ce problème de sémantique.

En France, on retrouve régulièrement un équivalent amenant beaucoup de débats : le syndrome du piriforme ou syndrome du pyramidal. La littérature internationale est moins restrictive et inclus d’autres étiologies possibles regroupées sous la dénomination de « Deep Gluteal Syndrome ou DGS », ce qui correspondrait pour notre langue française au « Syndrome Glutéal Profond » :

La littérature existante suggère la définition de la maladie du DGS comme étant un trouble du nerf sciatique non discogène avec un piégeage dans l’espace fessier profond.

En outre, la voie diagnostique du DGS se compose :

  • de l’anamnèse (douleur postérieure de la hanche, douleur radiculaire et difficulté à rester assis pendant 30 minutes),
  • de l’examen physique (sensibilité dans l’espace fessier profond, test du piriforme assis positif et signe de Pace positif),
  • des examens d’imagerie (radiographies pelviennes, IRM pelvienne et IRM de la colonne vertébrale). Cet examen aide les cliniciens à diagnostiquer le DGS avec plus de confiance.

Deep gluteal syndrome as a cause of posterior hip pain and sciatica-like pain

Jung Wee Park, Young-Kyun Lee, Yun Jong Lee, Seunghwan Shin, Yusuhn Kang, and Kyung-Hoi Koo The Bone & Joint Journal 2020 102-B:5, 556-567

Deep gluteal syndrome is an increasingly recognized disease entity, caused by compression of the sciatic or pudendal nerve due to non-discogenic pelvic lesions.

It includes the piriformis syndrome, the gemelli-obturator internus syndrome, the ischiofemoral impingement syndrome, and the proximal hamstring syndrome.

The concept of the deep gluteal syndrome extends our understanding of posterior hip pain due to nerve entrapment beyond the traditional model of the piriformis syndrome.

Nevertheless, there has been terminological confusion and the deep gluteal syndrome has often been undiagnosed or mistaken for other conditions.

Careful history-taking, a physical examination including provocation tests, an electrodiagnostic study, and imaging are necessary for an accurate diagnosis.

« Le syndrome glutéal profond est une entité pathologique de plus en plus reconnue, causée par la « compression » du nerf sciatique ou pudendal due à des lésions pelviennes non discogènes.

Il inclut le syndrome du piriforme, le syndrome du gémellaire et de l’obturateur interne, le syndrome de conflit ischio-fémoral et le syndrome de l’ischio-jambier proximal. Le concept de syndrome fessier profond élargit notre compréhension de la douleur postérieure de la hanche due au piégeage du nerf au-delà du modèle traditionnel du syndrome du piriforme.

Néanmoins, il y a eu une confusion terminologique et le syndrome du fessier profond a souvent été non diagnostiqué ou confondu avec d’autres affections.

Une anamnèse minutieuse, un examen physique comprenant des tests de provocation, une étude électrodiagnostique et l’imagerie sont nécessaires pour un diagnostic précis.»