Suite à un échange avec un confrère, je me suis interrogé sur l’état des lieux des connaissances concernant les pathologies du genou.
Fais donc suite, une recherche rapide aidée par l’IA-GEMINI.
L’axe Hanche-Genou : Quand le manque de contrôle proximal fait souffrir la périphérie
En tant qu’ostéopathes et enseignants, s’il y a bien un paradigme que nous devons transmettre avec force, c’est celui de l’interdépendance régionale. Le genou en est l’illustration parfaite : anatomiquement coincé entre la cheville et la hanche, il subit les conséquences directes des dysfonctions des étages supérieurs et inférieurs.
Nous allons disséquer trois entités cliniques courantes du genou : le Syndrome de la Bandelette Ilio-Tibiale (SBIT), le Syndrome Douleureux de la Patte d’Oie (PAPS), et le Syndrome Fémoro-Patellaire (SFP). Quel est leur point commun ? Elles partagent une même clé de voûte étiologique : l’hypotonicité et le déficit de contrôle moteur des abducteurs et rotateurs externes de hanche (moyen et grand fessier).
Faisons le point sur les modèles explicatifs, la thérapie manuelle et les données de la littérature scientifique internationale (revue par les pairs).
1. Les trois visages d’un même déficit mécanique
Lorsque le complexe fessier (moyen et grand fessier) manque de force ou d’endurance, il ne peut pas stabiliser correctement le bassin dans le plan frontal lors de la phase d’appui unique (course, marche, descente d’escalier). Il en résulte une chute du bassin controlatéral (signe de Trendelenburg) et une compensation automatique du membre inférieur en valgus dynamique associé à une rotation interne du fémur.
C’est ce défaut de contrôle proximal qui va impacter le genou sur ses trois versants :
Faiblesse du complexe Moyen / Grand Fessier │ ▼Valgus dynamique du genou + Rotation interne du fémur │ ├──► VERSANT LATÉRAL : Syndrome de la Bandelette Ilio-Tibiale (SBIT) │ (Friction/compression excentrique sur le condyle externe) │ ├──► VERSANT MÉDIAL : Syndrome de la Patte d'Oie (PAPS) │ (Tension excentrique de compensation et irritation de la bourse) │ └──► VERSANT AXIAL : Syndrome Fémoro-Patellaire (SFP) (Le fémur tourne sous la rotule, augmentant les pressions de contact)
• Le Versant Latéral : Le Syndrome de la Bandelette Ilio-Tibiale (SBIT)
- Mécanisme : Le valgus dynamique augmente l’angle d’adduction de la hanche, ce qui accroît la tension excentrique sur le Tractus Ilio-Tibial (TIT). La douleur survient lors du passage de la bandelette sur le condyle fémoral externe (autour de 30° de flexion).
- La nuance moderne : La recherche a montré qu’il ne s’agit pas d’un simple « frottement » (effet corde de violon), mais plutôt d’une compression répétée d’un tissu adipeux richement vascularisé et innervé situé sous le TIT.
• Le Versant Médial : Le Syndrome de la Patte d’Oie (PAPS)
- Mécanisme : Face à l’effondrement du genou en valgus et à la rotation interne du tibia, les trois muscles de la patte d’oie (sartorius, gracile, semi-tendineux) se retrouvent étirés au maximum de leur course. Ils tentent de s’opposer à ce mouvement par une contraction excentrique réflexe permanente.
- La nuance moderne : La douleur est rarement une tendinopathie isolée. Elle provient majoritairement de l’irritation mécanique de la bourse séreuse sous-jacente (bursite anserine), comprimée entre les tendons et le plan osseux tibial.
• Le Versant Axial : Le Syndrome Fémoro-Patellaire (SFP)
- Mécanisme : C’est le modèle le plus achevé du fémur qui « tourne sous la rotule ». La faiblesse des rotateurs externes de hanche laisse le fémur pivoter en dedans lors de la mise en charge. La trochlée fémorale s’effondre littéralement sous la patella, ce qui décentre l’articulation et augmente massivement les forces de cisaillement sur les facettes latérales.
- La nuance moderne : Le cartilage n’étant pas innervé, la douleur provient de la mise en charge excessive de l’os sous-chondral, de la tension du rétinaculum latéral et de l’irritation du corps adipeux de Hoffa.
2. Quelle place pour la Thérapie Manuelle ? (EBM)
En tant qu’ostéopathes, notre boîte à outils est précieuse, mais que dit la science sur son efficacité face à ces trois syndromes ? La littérature blanche valide la thérapie manuelle (TM) comme un adjuvant puissant à court terme, mais insuffisant si utilisé de manière isolée. Notre rôle est de créer une « fenêtre d’opportunité antalgique » pour permettre le reconditionnement actif.
Synthèse des données de la recherche et stratégies de traitement :
| Syndrome | Cible de la Thérapie Manuelle | Modèle explicatif & Effet recherché | Recommandation EBM |
| Fémoro-Patellaire | • Mobilisations patellaires • Mobilisations de la cheville (dorsiflexion) • Manipulations lombo-pelviennes | Interdépendance régionale : Libérer les restrictions à distance pour lever l’inhibition motrice du quadriceps et améliorer la cinématique. | Élevé (Indispensable en phase aiguë/subaiguë) |
| Bandelette Ilio-Tibiale | • Points gâchettes (triggers) sur TFL et Grand Fessier • Relâchement myofascial proximal | Éviter le plan local : Les frictions locales (MTP) directes aggravent la compression du tissu adipeux. On traite les corps musculaires en amont. | Modéré (Centré sur les structures proximales) |
| Patte d’Oie | • Techniques d’Énergie Musculaire (MET) • Relâchement post-isométrique (Sartorius, Gracile, Demi-tendineux) | Décongestion et relâchement : Diminuer le tonus de repos de ces muscles pour réduire la force vectorielle de compression sur la bourse séreuse. | Faible à Modéré (Peu d’études isolées, souvent inclus dans l’arthrose) |
3. Les Publications Scientifiques de Référence
Pour alimenter votre pratique et vos cours, voici les études incontournables qui font autorité et valident ce modèle de raisonnement clinique :
Sur la biomécanique globale et le rôle de la hanche
- Powers, C. M. (2003 & 2010). The influence of abnormal hip mechanics on knee injury: a biomechanical perspective. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy (JOSPT).Pourquoi la lire ? C’est la pierre angulaire. Powers y démontre par cinématique 3D comment les déficits de la hanche (abduction/rotation externe) modifient les vecteurs de force au niveau du genou, initiant le SFP et les contraintes périphériques.
- Barton, C. J., et al. (2013). Gluteal muscle activity and patellofemoral pain syndrome: a systematic review. British Journal of Sports Medicine (BJSM).Pourquoi la lire ? Cette revue systématique prouve le lien direct entre le SFP et le retard d’activation ou la faiblesse du moyen fessier chez les patients pathologiques comparés aux sujets sains.
Sur le Syndrome Fémoro-Patellaire (Consensus)
- Crossley, K. M., et al. (2016) / Collins, N. J., et al. (2018). Patellofemoral pain consensus statement from the International Patellofemoral Research Retreat. BJSM.Pourquoi la lire ? C’est la bible du SFP. Ces consensus internationaux affirment que la thérapie passive seule est inefficace à long terme et que la rééducation doit obligatoirement combiner le renforcement proximal (hanche) et local (quadriceps).
- Lack, S., et al. (2015). Proximal muscle rehabilitation is effective for patellofemoral pain: a systematic review with meta-analysis. American Journal of Sports Medicine.Pourquoi la lire ? Elle démontre de manière statistique que plus l’intégration du travail de la hanche est précoce, plus la réduction de la douleur est rapide et pérenne.
Sur le Syndrome de la Patte d’Oie (PAPS)
- Helfenstein, M., & Kuromoto, J. (2010). Anserine syndrome. Revista Brasileira de Reumatologia.Pourquoi la lire ? Une mise au point clinique majeure qui redéfinit l’entité comme un syndrome douloureux complexe, souvent intriqué avec des contraintes de cisaillement et des pathologies métaboliques ou dégénératives sous-jacentes.
- Aicale, R., et al. (2024). Comprehensive review of pes anserinus syndrome: etiology, diagnosis and management. European Journal of Musculoskeletal Diseases.Pourquoi la lire ? Cette revue ultra-récente fait le point sur l’Evidence-Based Medicine pour le PAPS, confirmant la supériorité des approches conservatrices multimodales (incluant la gestion des tensions musculaires et le contrôle du valgus) sur l’approche purement symptomatique.
Sur le Syndrome de la Bandelette Ilio-Tibiale
- Sanchez-Alvarado, A., et al. (2024). Conservative management of iliotibial band syndrome in runners: A systematic review. International Journal of Sports Physical Therapy.Pourquoi la lire ? Elle acte l’abandon des techniques de friction locale agressive au profit du relâchement des structures myofasciales proximales et du contrôle moteur de la hanche.
Le mot de la fin pour l’étudiant en Ostéopathie
Face à une douleur de genou, ne plongez pas immédiatement vos mains sur l’interligne articulaire ou sur le site de la douleur. Le genou triche, le genou compense, mais le genou ne ment jamais sur l’état de la hanche.
Utilisez vos techniques manuelles (structurelles, fonctionnelles ou myofasciales) pour libérer les compensations lombo-pelviennes, relâcher les tensions musculaires réflexes du TFL ou des ischio-jambiers internes, et redonner de la mobilité au pied. Mais rappelez-vous toujours : votre traitement manuel ne portera ses fruits à long terme que si vous redonnez au patient les clés de sa stabilité active grâce à un système fessier compétent.
Et vous, comment intégrez-vous l’évaluation de la hanche dans vos douleurs de genou en cabinet ? Discutons-en dans les commentaires !





